MOMEMT "M" SUR LA VESTE

Ce mois-ci, dans le blog de Bellite, je vous propose un Moment « M » sur la veste.

Vous connaissez certainement l’expression « retourner sa veste » couramment employée pour signifier qu’une personne change de camp, de parti, d’idée ou d’opinion en fonction du vent, balayant devant sa porte les feuilles mortes de ses convictions et de ses principes éthiques ; en un mot, qu’elle est opportuniste ! Oui, oui, je suis certaine que vous connaissez toutes quelqu’un qui vous disait blanc pour vous amadouer alors qu’il voyait rouge…C’était la même chose au XVIe siècle pour le prince de Piémont et Duc de Savoie, Charles Emmanuel Ier, qui tournait sa casaque bicolore (ancêtre de la « veste ») en fonction des alliances politiques qui lui étaient les plus favorables : le prince revêtait ainsi le côté blanc quand il traitait avec la France, le côté rouge quand il traitait avec l’Espagne. Olé !

La veste, apanage des hommes ?

À l’époque moderne, en particulier au XVIIe siècle, les femmes portent une veste cintrée, agrafée sur le devant, assortie à une jupe longue confectionnée dans la même étoffe. Nommée hongreline, cette veste restera la pièce maitresse du costume féminin durant des décennies avant d’être supplantée par le caraco au siècle suivant.

La figure mythologique et mythique des Amazones connaît un regain d’intérêt à cette époque. Certaines femmes cherchent alors à incarner les valeurs de cette femme « forte », aux mœurs viriles et guerrières. Défendant leurs domaines en l’absence de leurs époux au péril de leurs vies, prenant les armes, chevauchant leurs terres, plusieurs femmes se travestissent en hommes afin d’être plus libres de leur mouvement. L’habit d’amazone enrichit ainsi peu à peu le vestiaire des femmes de haut rang, même s’il reste exclusivement réservé à l’équitation. La veste portée par les femmes se rapproche d’ailleurs fortement de celle de son homologue masculin, à ceci près qu’une femme n’est pas autorisée (en public !) à monter à califourchon ! Question de pudeur et d’apparence…

 

                        

 

 La fin du XIXe siècle coïncide avec l’invention du tailleur. Attribué à l’anglais John Redfern, cet ensemble élégant pour dames suscite la polémique, même s’il deviendra par la suite une pièce essentielle de la garde-robe féminine. Porté principalement le jour par les femmes élégantes du Tout-Londres, le tailleur fait ensuite son apparition à Paris au début du XXe siècle, lorsque John Redfern s’installe dans la capitale, inspirant ainsi de nombreux couturiers avides de nouveauté et soucieux d’apposer leur griffe sur ces deux pièces que beaucoup de femmes s’arrachent à prix d’or.

 

                       

 La guerre de 14-18, la perte de leurs pères, frères et époux tués au front crée un vide dans la société. Les femmes endossent les rôles autrefois réservés à la gente masculine et de ce fait, affirment leur utilité, leurs envies, leurs désirs, leur liberté. Les années 1920 voient ainsi émerger une femme au style androgyne, plus mince, les cheveux coupés très courts, revêtue d’un tailleur veste/pantalon/nœud papillon ou cravate, fumant des cigarettes, fardée à l’excès…c’est la période dite « des années folles » et de « la mode à la garçonne », néologisme employé après la parution du roman éponyme de Victor Margueritte chez Flammarion en 1922. Mettant en scène une héroïne indépendante menant une vie sexuelle très libre avec des hommes et des femmes, ce livre cristallise les tensions d’une société française d'après-guerre où le combat n’a plus lieu entre des pays ou des forces étrangères, mais entre des femmes de tous horizons réclamant un droit à la liberté d’être, de vivre et de penser à l’égale des hommes. L’actrice Marlène Dietrich devient ainsi l’égérie de ce mouvement où mode et engagement vont de pair.

 

                            

Gabrielle Chanel n’est toutefois pas en reste. Elle aussi participe de cette mode à la garçonne en revisitant à son tour le tailleur inventé par Refern et rendu célèbre par des couturiers comme Christian Dior ou Jeanne Lanvin.

La veste Chanel : une pièce intemporelle

Pièce devenue emblématique de la maison Chanel, la veste en tweed à quatre poches fut créée en 1954 par celle que l’on surnommait « Mademoiselle ». Gabrielle Chanel souhaitait alors se démarquer des autres couturiers en continuant de bousculer les codes du vestiaire féminin en donnant à la femme davantage de liberté de mouvements, de chic et de simplicité. Celle-ci considérait d’ailleurs que la liberté de se mouvoir et l’élégance ne pouvaient subsister l’un sans l’autre.

 

                   

  Après toute cette histoire, il est absolument impossible que vous me racontiez des histoires ! Ne me dites pas que vous n’avez pas au moins une veste dans votre dressing : en lin, en daim, en cuir, en coton, en jersey, en tweed, en polyester, en laine ; la veste se décline dans toutes les matières, car elle est LE vêtement incontournable qui permet à la fois de se réchauffer et de passer du casual au chic en un tour de main. Certaines prétexteront peut-être d’avoir froid pour savoir si l’homme qu’elle convoite est bien un gentleman et qu’il accepterait d’apposer ladite veste sur leurs épaules. Oui, oui, mesdames, si vous ne l’avez pas encore testé, c’est une manière subtile de lui dire qu’il vous plait et que vous aimeriez qu’il se rapproche un peu plus de vous. Une façon aussi de lui dire : c’est moi la tête pensante, mais allez, je suis une chic femme, je veux bien te laisser croire que tu domines la situation ! Testez cette méthode, vous l’approuverez, c’est sûr !

Bon, les plans dragues c’est bien, mais on n’est pas dans Closer©... tout ça pour vous rappeler que la veste fut à travers les siècles essentiellement associée au vestiaire masculin, mais que la femme aspirant elle aussi à s’affranchir des robes imposantes qui l’empêchaient de se mouvoir correctement, elle est ainsi devenue un objet de lutte, cristallisant les tensions d’une époque particulière où la femme souhaitait affirmer son identité, se distinguer et s’émanciper d’une tutelle masculine devenue de plus en plus étouffante.

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La meilleure vente de Bellite reste l’incontournable « Jimmy Jacket ». Anabela vous chouchoute en recherchant toujours de nouveaux motifs afin de sublimer votre teint tout en restant top tendance. Vous n’avez pas encore la vôtre ? Vite, précipitez-vous sur Bellite© store afin de découvrir les nouveaux modèles ! Voici un petit échantillon des vestes que vous pourriez vous offrir :

 

                    

 

 

Le clip du mois 

Rien de tel pour terminer cet article en beauté que de revenir au crépuscule des années 70, plus précisément en 1969 et d’écouter et/ou visualiser un morceau qui n’a pas perdu un gramme de son mordant ni de son actualité 😉

En guise de clin d’œil et pour relier la chanson aux prémices de cet article et de son objet, je vous laisse donc en compagnie d’un homme qui aime fumer des cigares cubains entourés de ses meilleurs copains, même si celui de 5 heures du matin est son favori, lorsque Françoise Hardy s’est endormie et qu’il contemple ruisseler la pluie du haut des toits de Paris.

Profitez de ce moment qui vous est donné pour vous relaxer et plonger dans l’univers musical et politique de ces années phares où de nombreux opportunistes n’ont pas eu peur de retourner leurs vestes afin d’utiliser la doublure.

https://youtu.be/L_ADZYCUkDA

À bientôt !

Marjorie

 

Envie d’approfondir le sujet ?

  • Voici les sources et quelques liens vers des articles très bien documentés et illustrés :

https://claireestagnasie.wordpress.com/2013/04/22/mythes-et-realites-de-la-garconne/

https://www.milpau.com/blog/130-l-histoire-de-la-veste-en-cuir

https://www.commeuncamion.com/2015/12/23/lhistoire-du-smoking/

https://virginielebrun.wordpress.com/2013/09/05/la-mode-francaise-au-xviiie-siecle/

Manuel Charpy, « La veste retournée », Socio-anthropologie [En ligne], 30 | 2014, mis en ligne le 29 juin 2016, consulté le 27 juin 2019. URL : http://journals.openedition.org/socio-anthropologie/2269 ; DOI : 10.4000/socio-anthropologie.2269

Xavier Chaumette, Le costume tailleur. La culture vestimentaire en France au XIXe et XXe siècle, Paris, Esmod,1995.

François Hourmant, « La Longue Marche de la veste Mao. Révolution des apparences et apparences de la Révolution », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2014/1 (N° 121), p. 113-131. DOI : 10.3917/ving.121.0113. URL : https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2014-1-page-113.htm

 

Laura Kasprzak. La figure de l’Amazone dans la culture populaire. Littératures. 2017, disponible sur : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01614655/document

Catherine Tourre-Malen, « Des Amazones aux amazones. Équitation et statut féminin », Techniques & Culture [En ligne], 43-44 | 2004, mis en ligne le 15 avril 2007, consulté le 11 juillet 2019. URL : http://journals.openedition.org/tc/1181 ; DOI : 10.4000/tc.1181

©marjoriedennequin/©moment « M »

 

 

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